25 octobre 2016

L'hominidé dans les hauteurs

J'écris la nuit quand le vieil hominidé
grimpe vers la plus haute branche du cerveau

et se tapit là sur une fourche feuillue
écoutant les grognements de la nuit en bas ...

le cœur plus rapide que les grands félins de la savane.
Il est content que je sois civilisé et vive en intérieur,

loin des crocs et des griffes. Content que ma tuyauterie
fonctionne, le distributeur de PQ bien rempli,

pour qu'il n'ait pas à chier du haut d'une branche.
Et, bien qu'il adore se percher avec les oiseaux,

bercé par la vent, murmurant par la bouche
des feuilles, il apprécie aussi que les oiseaux servent

à rembourrer les oreillers les plus moelleux
où il peut poser sa tête et rêver. Les rêves

sont aussi rares que les points d'eau, d'où il vient,
un œil toujours ouvert en cas de danger, l'autre

à cause de la faim. C'est sûr, nous sommes parents : la vieille bête
en moi a le sommeil léger et dort à peine.

Je me réveille souvent, et je le regarde se gratter
avec une brindille qu'on pourrait prendre pour un crayon,

ou asticoter une colonne de fourmis, au clair de lune, qui
ressemble à cette ébauche de pentamètre.

Certaines nuits, on se retrouve presque sur une croisée de branches
où il choisit le silence, et moi, ce discours.


Sources :
Texte original : Neil Shepard. Hominid up, Hominid up, 7/2015.
Traduction : Michel Corne. L'hominidé dans les hauteurs, 10/2016. Lire les textes en parallèle et les notes de traduction.
Image : André Gill. Caricature of Charles Darwin as a monkey on the cover of La Petite Lune, 1878.

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