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Articles

Affichage des articles associés au libellé Sexton

La femme gainée

Ton ventre flasque descend vers tes genoux, tes seins sont posés dans les airs, les mamelons indifférents comme deux tièdes étoiles de mer. Tu es debout dans ton fourreau élastique, toujours obstinée à alterner nouvelle-née et vieille-née. C'est parti : tu glisses et roules vers le bas ton enveloppe rose, qui amasse et qui claque, tandis que ton ventre mou comme du pudding, déborde dans l'espace libre ; plus bas, sur la délicate cicatrice chirurgicale, plus bas, sur les hanches, coussinets idéals pour la tête ou la bouche, puis, au ralenti, comme un rouleau à pâtisserie sur les poils frisés, ce champ extraordinaire qui dissimulent tes talents à son habitué ; sur les cuisses épaisses comme des porcelets, sur les genoux en forme de soucoupe, sur les mollets polis comme du cuir, plus bas encore, vers les pieds. Tu t'arrêtes un moment, les chevilles ligotées. Puis, tu te relèves, cité surgissant de la mer, née bien avant Alexandrie, tu es venue dire...

Fuis sur ton âne

Ma faim, Anne, Anne, Fuis sur ton âne... Rimbaud Parce qu'il n'y avait pas d'autre endroit où fuir, je suis revenue sur la scène des sens en désordre, revenue hier soir à minuit, arrivant dans l'épaisse nuit de juin, sans bagage ni défense, laissant mes clés de voiture et mon argent, gardant seulement un paquet de Salem à la manière d'un enfant s'accrochant à un jouet. J'ai inscrit mon nom là où les étrangers mettent des X — car c'est un hôpital psychiatrique, pas un jeu pour enfants. Aujourd'hui un interne m'a donné un coup sur les genoux pour tester mes réflexes. Autrefois, j'aurais fait une grimace et demandé de la dope. Aujourd'hui, je suis terriblement patiente. Aujourd'hui, les corbeaux jouent au blackjack sur le stéthoscope. Tout le monde est parti sauf ma muse, cette bonne infirmière. Elle reste dans ma main, douce souris blanche. Les rideaux, avec paresse et délicatesse, ondulent et flottent et...

Par pitié pour les gourmands

Pour mon ami, Ruth, qui m'encourage à prendre un rendez-vous pour le sacrement de la confession À propos de ta lettre dans laquelle tu me demandes d'appeler un prêtre et dans laquelle tu me demandes de porter la croix que tu as jointe, ta propre croix, ta croix mordue par ton chien, pas plus grosse qu'un pouce, petite et en bois, sans épines cette rose… Je prie son ombre, cette zone grise où elle repose sur ta lettre... profondément, profondément. Je déteste mes péchés et j'essaie de croire en la croix. Je touche ses tendres hanches, le visage dur et sombre, son cou solide, son sommeil brun. C'est vrai. C'est là un beau Jésus. Il a les os gelés comme une pièce de bœuf. Comme il voudrait refermer ses bras désespérément ! Comme je touche ses axes verticaux et horizontaux désespérément ! Mais je ne peux pas. Avoir besoin n'est pas vraiment croire. Toute la matinée, j'ai porté ta croix, accrochée avec de la ficelle d'emballage...

La pièce de ma vie

Ici, dans la pièce de ma vie, les objets ne cessent de changer. Les cendriers dans lesquels on pleure ; le frère souffrant sur le mur en bois ; les quarante-huit touches de la machine à écrire, autant de globes oculaires qui jamais ne se referment ; les livres, tous candidats à un concours de beauté ; la chaise noire, un cercueil en skaï pour chien ; les prises sur le mur qui attendent comme la grotte des abeilles ; le tapis doré, un bavardage de talons et d'orteils ; la cheminée, un couteau qui attend que quelqu'un le ramasse ; le canapé, épuisé par les efforts d'une putain ; le téléphone, deux fleurs qui prennent racine dans son entrejambe ; les portes qui ouvrent et ferment comme des palourdes ; les lumières qui m'asticotent, éclairant à la fois le sol et le rire. Les fenêtres, les fenêtres affamées qui enfoncent les arbres comme des clous dans mon cœur. Chaque jour, je nourris le monde au-dehors, même...

Vénus et l'arche

Le missile à lancer un missile était presque un secret. Deux hommes avec un doctorat ont été choisis et ont reçu les instructions pour le remplir, avec une centaine d'insectes soigneusement comptés, trois serpents assez récents enroulés dans un cube, exactement cinquante animaux marins dans des cuves, les documents requis, vingt barres de nourriture, dix traitements sommaires, des verrous spéciaux, quatorze rats blancs, quatorze rats noirs, un sac de terre, qui ont tous été enfournés à bord avant que la chose ne jaillisse du désert. Et le missile qui lançait un missile se transforma en un merveilleux ballon scientifique, qui se balançait et flottait dans les brumes de Vénus, puis sombra soudainement comme un grain de raisin bien charnu, suintant avec la gravité pour se blottir plus bas contre cette forme triomphante de l'espace. Les deux hommes ont envoyé un signal vers la Terre, disant à leur continent VENUS EST VERTE. Alors, des défilés se sont form...

En éloge à mon utérus

Chacun en moi est un oiseau. Je bats de toutes mes ailes. Ils voulaient te découper mais ils ne le feront pas. Ils ont dit que tu étais incommensurablement vide, mais tu ne l'es pas. Ils ont dit que tu étais malade à en mourir, mais ils avaient tort. Tu chantes comme une écolière. Tu n'es pas déchiré. Douce masse, en éloge à la femme que je suis et à l'âme de la femme que je suis, et à la créature centrale et à son plaisir, je chante pour toi. J'ose vivre. Bonjour, esprit. Bonjour, calice. Attacher, couvrir. Couverture qui enferme. Bonjour la terre des champs. Bienvenue, racines. Chaque cellule a une vie. Il y a là assez pour satisfaire une nation. Il suffit que la plèbe possède ces biens. N'importe quelle personne ou république dirait : « C'est bien qu'on puisse encore planter cette année et penser à la prochaine récolte. La rouille avait été prévue et a été repoussée. » De nombreuses femmes le chantent ensemble : l'une mau...

Vouloir mourir

Puisque vous le demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. Je marche dans mes vêtements, sortie indemne de ce voyage. Puis, cette innommable soif revient. Même à ce moment-là, je n'ai rien contre la vie. Je connais bien les brins d'herbe dont vous parlez, le mobilier que vous avez placé sous le soleil. Mais les suicides ont un langage particulier. Comme les charpentiers, ils veulent connaître les outils. Ils ne demandent jamais pourquoi construire. Deux fois, je me suis annoncée, si simplement, j'ai possédé l'ennemi, mangé l'ennemi, acquis son art, sa magie. Ainsi, lourde et pensive, plus chaude que l'huile ou l'eau, je me suis reposée, bavant la bouche ouverte. Je n'ai pas pensé à mon corps au contact de l'aiguille. Même le blanc des yeux et les restes d'urine ont disparu. Les suicides trahissent toujours le corps. Mort-nés, ils ne meurent pas toujours, mais éblouis, ils ne peuvent oublier une drogue si douce,...

Jeune

Jadis, il y a un millier de portes, quand j'étais une enfant solitaire dans une grande maison avec quatre garages, et que l'été était là, pour autant que je m'en souvienne, je m'étendais sur la pelouse la nuit, les trèfles faisaient des vagues sur moi, les sages étoiles se couchaient sur moi, la fenêtre de ma mère — un entonnoir d'où s'échappait une chaleur jaune —, la fenêtre de mon père — moitié fermée, un œil où le dormeur ne faisait que passer —, et les planches de la maison étaient lisses et blanches comme la cire, et probablement un million de feuilles voguaient sur leurs étranges tiges, alors que les criquets cliquetaient ensemble, et moi, dans mon corps tout neuf, qui n'était pas encore celui d'une femme, je posais mes questions aux étoiles, et pensais que Dieu pourrait vraiment voir la chaleur et la lumière colorée, coudes, genoux, rêves, bonne nuit. Michel Corne. Jeune (traduction), 2/2013. Anne Sexton . Young (texte o...

Élégie dans la classe

Dans cette petite salle de classe, où votre visage était noble, et vos mots disaient toutes les choses, je trouve cette créature buboneuse à votre place, l'air dérangée, accroupie sur le rebord de la fenêtre, posée là-haut pour de bon, d'un bloc, telle une grosse grenouille en train de nous observer à travers le V de vos jambes laineuses. Même ainsi, je dois reconnaître votre talent. Vous êtes si élégamment délirant. Nous nous agitons sur nos simples chaises, et feignons de répertorier les détails de votre énorme sorcellerie, ou ignorons vos gros yeux fermés, ou le prince que vous avez mangé hier, qui était sage, sage, sage. Michel Corne. Élégie dans la classe (traduction), 3/2012. Anne Sexton . Elegy In The Classroom (texte original), To Bedlam and part Way back, 1960. Lire les textes en parallèle et les notes de traduction. Kathrin Werner . Big frog.

La ballade de la masturbatrice solitaire

La fin d'une liaison, c'est toujours mortel. Voici mon atelier. Œil glissant, issu du plus profond de ma tribu, mon souffle te sait parti. Je fais horreur à ceux qui se trouvent là. Je suis nourrie. Seule, la nuit, je me marie au lit. Avec mes doigts, maintenant il est à moi. Il n'est pas bien loin. C'est ma nouvelle rencontre. Je lui sonne les cloches. Je m'allonge sous la tonnelle où tu avais l'habitude de le monter. Tu m'empruntais sur le tapis de fleurs. Seule, la nuit, je me marie au lit. Prends cette nuit par exemple, mon amour, que tous les couples mettent à profit dans un renversement collectif, dessus, dessous, duos généreux dans la plume et la ouate, poussant, à genoux, face-à-face. Seule, la nuit, je me marie au lit. Je m'évade ainsi de mon corps, agaçant petit miracle. Puis-je exhiber ce marchand de rêves ? Je suis étalée. Je crucifie. Prunelle de mes yeux, comme tu disais. Seule, la nuit, je me marie au lit. Alor...

La nuit étoilée

« Ça ne m’empêche pas d'avoir une envie terrible de religion, je dois dire, alors, la nuit, je sors peindre les étoiles. » Vincent Van Gogh, dans une lettre à son frère La ville n'existe pas, sauf là où l'arbre noir et chevelu glisse comme une noyée dans la chaleur du ciel. La ville est silencieuse. La nuit bouillonne avec ses onze étoiles. Oh, nuit si étoilée ! C'est ainsi que je veux mourir. Ça bouge. Elles sont vivantes. Même la lune se renfle dans ses fers orange pour pousser les enfants, tel un dieu, hors de son œil. Le vieux serpent invisible engloutit les étoiles. Oh, nuit si étoilée ! C'est ainsi que je veux mourir : dans cette bête surgissant de la nuit, aspirée par ce grand dragon, pour me détacher de ma vie sans drapeau, ni ventre, ni cri. Michel Corne. La nuit étoilée (traduction), 4/2011. Anne Sexton . The Starry Night (texte original), All My Pretty Ones, 1962. Lire les textes en parallèle et les notes de traduction. Vi...

La vérité que les morts connaissent

Pour ma mère, née en mars 1902, décédée en mars 1959 et mon père, né en février 1900, décédé en juin 1959 Partis, me dis-je en m'éloignant de l'église, refusant l'austère procession vers la tombe, laissant le défunt voyager seul dans son corbillard. C'est le mois de juin. Je suis fatiguée d'être forte. Nous roulons vers Cap Cod. Je me revigore grâce au soleil qui ruisselle du ciel, grâce à la mer qui bat comme un portail en fer, et nous sommes proches. Dans un autre pays, les gens meurent. Mon chéri, le vent s'abat comme les pierres de l'écume enhardie, et quand nous nous touchons nous entrons en communion. Nous ne sommes plus seuls. Les hommes tuent pour cela, que je sache. Et qu'en est-il des morts ? Ils gisent sans chaussures dans leurs embarcations de pierre. Ils ressemblent plus à de la pierre qu'à la mer si elle s'arrêtait. Ils refusent d'être bénis, gorge, oeil et osselet. Michel Corne. La vérité que les morts co...

La mousse de sa peau

Les jeunes filles dans l'ancienne Arabie étaient souvent enterrées vivantes à côté de leur père défunt, apparemment comme un sacrifice aux déesses des tribus... Harold Feldman, « Les enfants du désert » Psychoanalysis and Psychoanalytic Review, Fall 1958 La seule chose importante était de sourire en restant immobile, de se coucher à côté de lui et se reposer un moment, de se replier ensemble comme si on était fait de soie, de disparaître du regard de mère et ne plus parler. La chambre noire s'emparait de nous comme une caverne ou une bouche ou un ventre intérieur. Je retenais mon souffle et papa était là, ses pouces, son gros crâne, ses dents, ses cheveux qui poussaient comme un champ ou un châle. J'étais étendue contre la mousse de sa peau, puis tout devint étrange. Mes sœurs ne sauront jamais que je m'effondre, hors de moi-même, faisant mine de croire qu'Allah ne verra pas que je tiens mon papa comme un vieil arbre de pierre. Michel ...

Ce genre de femme

Je suis sortie, sorcière possédée, hantant l'air noir, plus courageuse la nuit, songeant à malfaire, j'ai fait mon temps, au-dessus des petites maisons, de lumière en lumière, pauvre chose à douze doigts, oubliée. Une femme comme ça, n'est pas tout à fait une femme. J'étais dans son genre. J'ai trouvé des grottes accueillantes dans les bois, je les ai garnies de poêles, de statuettes, d'étagères, d'armoires, de soieries, de biens innombrables. J'ai préparé le souper pour les vers et les elfes, j'ai rouspété et remis de l'ordre. Une femme comme ça, est mal comprise. J'étais dans son genre. Je suis montée dans ton chariot, conducteur, j'ai agité mes bras nus devant les villages qui défilaient, j'ai découvert l'éclat du dernier voyage, survivante, là où tes flammes me mordent encore les cuisses, et mes côtes craquent à chaque tour de roue. Une femme comme ça, n'a pas honte de mourir. J'étais dans son ge...